Dans cet article nous décryptons les mécanismes de ce nouveau dispositif pour vous permettre d'anticiper l'évolution du prix des pompes à chaleur et de sécuriser vos marges. 

Table des matières 

 

  • Le marché des pompes à chaleur aujourd’hui
  • Les éléments clés de la nouvelle aide conditionnée (à connaître dès maintenant)
  • Quel impact pour les professionnels de la filière ?
  • Le gel stratégique de MaPrimeRénov’ et ses conséquences
  • Les exigences concernant la performance technique et la pérennité des installations
  • Le calendrier opérationnel des professionnels pour anticiper juillet 2026

Le marché des pompes à chaleur aujourd’hui 

Le secteur de la pompe à chaleur traverse une période de forte tension qui redéfinit les rapports de force. Les indicateurs récents confirment que le volume des ventes est en déclin constant.  

Selon les rapports de l'Association européenne des pompes à chaleur (EHPA), les ventes ont chuté de 23 % en moyenne en Europe en 2024, avec des baisses records atteignant -48 % en Allemagne et -52 % en Belgique.  

En France, la situation est également difficile. Plusieurs sources sectorielles indiquent que les ventes de pompes à chaleur air-eau ont chuté d’environ 40 % en 2024, alors que d’autres segments comme les pompes air-air ont connu des baisses moins prononcées, mais significatives. 

Enfin, sur le plan européen, un redressement semble se dessiner en 2025 : au premier semestre, les ventes de pompes à chaleur ont atteint 980 000 unités, en hausse d’environ 9 % par rapport aux 898 000 vendues sur la même période en 2024. 

Source EHPA.  Selon l’Association européenne des pompes à chaleur, Il existe environ 300 sites de production de pompes à chaleur et de composants en Europe. 

Cette baisse n'est pas qu'une question de budget, c'est le résultat d'un « effet de ciseaux » entre deux facteurs majeurs : 

 

  1. L'attentisme des clients : Les ménages hésitent à cause des changements incessants des aides et du gel temporaire de MaPrimeRénov'. Sans visibilité, les projets sont mis en pause. 
  2. La domination des produits asiatiques : Actuellement, une grande partie des pompes à chaleur vendues en France proviennent d'Asie (notamment de Chine). Ces modèles, souvent moins chers grâce à des coûts de production très bas, ont inondé le marché européen, mettant en péril les fabricants locaux qui ne peuvent pas s'aligner sur les prix. 

Evolution des ventes annuelles de pompes à chaleur en France depuis 2005. Source : SDES 

 

Les éléments clés de la nouvelle aide conditionnée (à connaître dès maintenant) 

Concrètement, la nouvelle aide de l’État ne prendra ni la forme d’un chèque, ni celle d’un nouveau guichet administratif pour les acheteurs. Elle repose sur une reconfiguration profonde des certificats d’économies d’énergie (CEE), avec un mécanisme de bonification différenciée selon l’agrément européen des équipements.  

Les pompes à chaleur certifiées, dont le circuit frigorifique est assemblé dans l’Union européenne, bénéficieront d’un volume de CEE nettement supérieur, tandis que les équipements non agréés verront leurs CEE drastiquement réduits.  

Pour les professionnels, le différentiel de prix se jouera directement sur le devis final, sans démarche supplémentaire pour le client.  

Le nouveau dispositif repose sur des critères simples mais éliminatoires, qui s’appliqueront pleinement à partir de septembre 2026. 

 

  1. Le premier critère concerne l’origine industrielle réelle du produit. Ce n’est pas la nationalité de la marque qui compte, mais l’assemblage du circuit frigorifique au sein de l’espace économique européen. Une marque internationale produisant en Europe peut être éligible, tandis qu’une marque européenne sous-traitant hors UE ne le sera pas. 
  2. Le second critère porte sur l’agrément officiel du modèle. Les fabricants doivent déposer un dossier auprès des autorités avant l’été 2026. Seules les références figurant sur la liste officielle publiée en juillet 2026 pourront bénéficier des bonifications maximales de CEE. 
  3. Le troisième critère est financier et volontairement dissuasif. Une pompe à chaleur agréée pourra générer jusqu’à environ 3 500 € d’aides cumulées, contre environ 700 € seulement pour un modèle non certifié. Cette rupture de soutien public est conçue pour rendre les équipements importés hors UE beaucoup moins attractifs dans le calcul du reste à charge. 
  4. Enfin, le dispositif est pensé pour être automatiquement intégré aux devis. Aucune demande spécifique n’est requise côté acheteur. 

Le critère d’agrément de septembre 2026 

Dès septembre 2026, le plein soutien public sera réservé aux pompes à chaleur assemblées en Europe. 

Ce critère repose exclusivement sur la localisation industrielle réelle. Une marque internationale peut donc être éligible si elle produit en Europe, tandis qu’une marque européenne sous-traitant hors UE ne le sera pas. Cette nuance est essentielle pour les distributeurs et installateurs qui doivent désormais exiger une traçabilité industrielle documentée. 

Pour les entreprises du bâtiment, cela impose un audit immédiat des catalogues fournisseurs et de trouver des partenaires fiables dans l'UE. 

Proposer un modèle non certifié aujourd'hui pour un chantier qui se terminera après l'été 2026 revient à prendre un risque juridique et financier majeur. La responsabilité des professionnels est engagée sur plusieurs niveaux : 

 

  • Les acheteurs ne se contentent plus d'un simple devis ; ils exigent des garanties écrites sur l'origine du matériel. Leur crainte est réelle : signer pour un équipement qui deviendrait inéligible aux aides d'ici la fin des travaux.
  • Les vendeurs ont l'obligation de vérifier que leurs partenaires fabricants ont bien déposé leur dossier d'agrément avant la date limite de février. Vendre une référence qui ne figurera pas sur la liste officielle de juillet pourrait entraîner des litiges commerciaux coûteux.
  • Les fabricants européens cessent d'être de simples fournisseurs pour devenir des partenaires stratégiques indispensables. Dans ce nouveau contexte, ils sont les seuls capables de sécuriser vos ventes et de maintenir votre carnet de commandes rempli.

 

Quel impact pour les professionnels de la filière ? 

Ce changement de règles redéfinit les responsabilités de chaque maillon de la chaîne : 

 

  • Pour les fabricants de pompes à chaleur : la pression est immédiate. Ils doivent désormais prouver la résilience de leur chaîne de production. Seuls ceux qui ont investi dans des usines sur le sol européen pourront obtenir l'agrément d'État en juillet 2026. Pour les marques historiques françaises, c'est une opportunité de regagner des parts de marché face à la guerre des prix imposée par les constructeurs asiatiques.
  • Pour les vendeurs et distributeurs de pompes à chaleur : leur rôle de conseil devient critique. Ils ne peuvent plus se contenter de vendre le produit le moins cher en rayon. Ils doivent auditer leurs stocks dès maintenant pour s'assurer que les références proposées ne perdront pas leur éligibilité aux aides à la rentrée de septembre, sous peine de voir leurs ventes s'effondrer.
  • Pour les acheteurs : Un appareil importé, bien que moins cher à l'achat, deviendra beaucoup plus coûteux une fois les aides déduites. L'acheteur devient donc plus exigeant sur la provenance et la certification du matériel.
  • Pour les entreprises de pose de pompes à chaleur et les bureaux d'études : ce recul du volume impose de monter en gamme. Là où la quantité ne suffit plus à porter la croissance, c'est la qualité de l'installation et la maîtrise des nouvelles règles d'éligibilité qui sauveront leur chiffre d'affaires.

Le gel stratégique de Maprimerenov' et ses conséquences 

La suspension de Maprimerenov' en ce début d'année 2026 provoque un véritable séisme pour l'ensemble de la filière. Ce gel, effectif depuis janvier, résulte de l'absence de vote définitif de la loi de finances, bloquant ainsi tout nouveau dépôt de dossier. 

Ce blocage administratif ne doit pas être vu comme un désengagement, mais comme une phase de transition politique radicale.  

À sa réouverture, le dispositif deviendra le bras armé de la nouvelle aide de l'état en France, intégrant un critère de souveraineté européenne éliminatoire.  

Malheureusement, pour les professionnels, cette pause crée un goulot d'étranglement des projets en attendant la publication de la liste officielle des modèles agréés prévue pour juillet 2026. Ce blocage administratif place les différents acteurs dans une situation critique : 

 

  • Les acheteurs, déjà échaudés par la baisse de leur pouvoir d'achat, reportent massivement leurs investissements, craignant de s'engager sur des matériels qui ne seraient plus subventionnés à l'automne.
  • Les vendeurs doivent gérer l'urgence : ils font face à des stocks de pompes à chaleur asiatiques qui risquent de devenir invendables si le reste à charge pour le client explose après septembre.
  • Les fabricants européens, bien que favorisés par la future réforme, peinent à donner de la visibilité à leurs partenaires installateurs tant que le barème définitif n'est pas voté.

Donc s'agit d'orienter dès maintenant les devis vers des solutions à haute efficacité, comme la pompe à chaleur géothermique ou les modèles air/eau certifiés, pour garantir aux clients que leur dossier sera prioritaire lors de la réactivation des crédits. 

 

Les exigences concernant la performance technique et la pérennité des installations 

Au-delà de la provenance, l'Etat durcit les exigences pour garantir la durée de vie d'une pompe à chaleur. L'objectif est de sortir de l'obsolescence rapide pour viser une longévité de 15 à 20 ans, réduisant ainsi l'empreinte carbone globale du parc installé. 

 

  • L’entretien obligatoire : le versement des aides est désormais conditionné à la souscription d'un contrat d'entretien pompe à chaleur dès la mise en service. Pour l'installateur, c'est une opportunité de générer du revenu récurrent.
  • La diversification des solutions : si la pompe à chaleur air/eau reste la référence en rénovation, les bonus sont renforcés pour la pompe à chaleur géothermique et la pompe à chaleur eau eau. Ces systèmes, moins sensibles aux pics de froid, garantissent un coefficient de performance stable toute l'année.
  • Les solutions hybrides : la pompe à chaleur hybride gaz demeure une option stratégique pour les zones climatiques rudes ou les bâtiments mal isolés, permettant d'optimiser le confort sans saturer le réseau électrique national lors des pointes hivernales.

Le calendrier opérationnel des professionnels pour anticiper juillet 2026 

La fenêtre de tir est étroite. La liste officielle des modèles agréés sera publiée en juillet 2026 après l'audit des usines de fabrication. D’ici là, les professionnels doivent pivoter. 

Dès aujourd’hui, les entreprises doivent intégrer la variable « éligibilité 2026 » dans leurs devis. Cela implique :  

 

  • de demander aux fabricants la preuve du dépôt de dossier d’agrément,
  • d’identifier les références concernées dans les catalogues,
  • de sécuriser contractuellement les chantiers dont la livraison interviendra après septembre 2026. Ignorer ce point revient à exposer l’entreprise à des litiges sur le reste à charge ou à des annulations de commande.

L'anticipation doit se porter sur le fluide R290 (propane), désormais privilégié par le nouveau barème en raison de son très faible impact environnemental par rapport aux hydrofluorocarbures classiques.  

Par ailleurs, il faut valoriser la pompe à chaleur réversible comme levier de valorisation immobilière. Avec des étés de plus en plus chauds, le confort d'été est devenu un argument de vente aussi puissant que les économies de chauffage. 

En conclusion, la filière française et européenne se réorganise pour favoriser la qualité industrielle. Pour l'installateur, la valeur ajoutée ne réside plus seulement dans la pose technique, mais dans le conseil stratégique sur l'éligibilité, la provenance et la maintenance à long terme.  

Cette nouvelle aide agit aussi comme un filtre technologique. Les pompes à chaleur air/eau certifiées, les systèmes géothermiques et les solutions eau eau deviennent des produits d’appel stratégiques, tandis que les modèles d’entrée de gamme importés sortent progressivement du jeu.  

Pour les catalogues 2026, la question n’est plus quel prix afficher, mais quelle référence restera subventionnable sur la durée. 

Pour en savoir plus sur les nouveautés du marché français et européen, consultez le blog Inside Business d’europages

 

 

Clara Martin
Clara Martin

Clara transforme les données de marché et les actualités économiques en informations claires et utiles pour les professionnels B2B. Elle couvre la stratégie, le commerce et la durabilité, et aide les entreprises à identifier les tendances et à prendre des décisions éclairées sur le marché européen.